Egypte 2008 : impressions et images
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Navigation touristique...et pêche locale !
les rives du Nil
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Les villes
Louxor, Assouan, les villes égyptiennes écrasées sous la chaleur, sont des cités pleines de contrastes où les temples et les statues monumentales, témoins d'un passé prestigieux,

côtoient les maisons délabrées et les rues poussiéreuses aux trottoirs mal pavés.

Les quelques hôtels cossus du bord du Nil déversent un flot de touristes, appareil photo en main, qui déambulent parmi les visages fatigués des hommes en djellaba et des femmes toutes de noir vêtues (nous sommes en période de Ramadan).
Cette dichotomie donne l'impression étrange de deux mondes très différents qui se frôlent mais s'ignorent. Barrière de la langue et des modes de vie? Richesse et pauvreté? Malgré les sourires échangés de part et d'autre, population locale et étrangers ne semblent pas avoir un réel désir de contact.
Bien plus souriantes sont les campagnes...
Notre petit sandal vogue au fil de l'eau, toute voile dehors,
sous le ciel laiteux d'Egypte où voltigent aigrettes blanches, martins pêcheurs tachetés de bleu...

Il longe les rives verdoyantes du Nil, riches de leurs dattiers, de leurs manguiers, de leurs bananiers et de leurs champs de canne à sucre.
Vaches, boeufs et même dromadaires broutent tranquillement tandis que les petits ânes gris, leur cavalier à califourchon sur le dos, transportent vaillamment le maïs jusqu'au village.
petit âne gris posant devant l'objectif
auquel est indifférent le fier dromadaire 
Bourgades très pauvres du sud de Louxor, aux bâtisses de terre séchées (les toits sont en palme), villages nubiens plus gais, avec leurs maisons bleues, plantées entre la dune ocre du désert et la bordure verte du fleuve...
maisons bleues adossées à la colline...
Lors de nos promenades, une nuée d'enfants mi-amusés, mi-farouches, nous suit.
Nous nous interrogeons : qui sommes-nous pour eux?
Des intrus venus troubler le rythme paisible des travaux agricoles et des prières?
Un peu gênés nous nous surprenons pourtant à espérer dans leurs sourires, au milieu de cette nature luxuriante, plus de dénuement que de malheur.
Les temples
Mais nous avons rendez-vous aussi avec l'Histoire et la culture.
La visite des temples nous plonge dans les mystères d'un passé fastueux :
Dronos de sphinx, forêts de colonnes à chapiteaux papyformes,

sanctuaires, lacs sacrés, fresques colorées de la Vallée des Rois !

Tout cela rappelle que si les civilisations sont mortelles, leur grandeur se mesure à l'empreinte indélébile qu'elles laissent à l'humanité.
Il nous semble alors que seule la beauté dure et donne un goût d'éternité .
Réflexions philosophiques sur le pont du bateau...

L'Egypte pharaonique a duré plus de trois mille ans. Nous ne percevrons jamais complètement les secrets de cette pérennité, dont les causes sont multiples.

Nous nous sommes pourtant permis, avec humilité, le soir entre amis, de formuler quelques hypothèses...
Pour perdurer une société a besoin d'un socle stable, c'est à dire d'une éthique fondatrice qui unifie la population, lui donne un destin et des rêves communs. Et ceci les Egyptiens l'avaient parfaitement compris :
Leurs valeurs étaient nobles et simples. La cosmogonie reposait sur deux grands principes: le bien et le mal, et un dieu primordial, créateur dont les hommes étaient "le troupeau" (ce n'étaient pas d'ailleurs un démiurge despotique, puisqu'il partageait ses pouvoirs avec des divinités subalternes...)
En même temps, la mythologie était concrète, enracinée dans le quotidien et en étroite symbiose avec la nature (dieux à têtes d'animaux, métaphore comme la barque du dieu Rè, reprenant le cycle solaire).
Enfin ces croyances reconnaissaient "le droit à la différence". Par exemple, beaucoup de dieux avaient des attributs identiques mais des noms particuliers selon les régions:(Ré à Héliopolis, Ptah à Menphis, Amon à Thèbes) et cette absence de dogmatisme permettait judicieusement à des peuples très divers d'adapter les mythes à leur culture propre, tout en restant fidèles aux idéaux élevés de le société égyptienne (parité des sexes - voir le livre de Christiane Desroches Noblecourt:"La femme au temps des pharaons" -, égalité de tous devant la justice divine...) Souplesse et rigueur ont contribué à structurer le pays... vaste sujet de réflexion!
Grandeur et décadence
Il faut malheureusement reconnaitre que l'Egypte actuelle a perdu ses fastes d'antan (misère, démographie galopante, dévalorisation de l'image de la femme...).
Dans cette société où les gestes, les codes et les rites semblent savamment orchestrés, controlés, l'impression d'uniformité domine, pour ne laisser que peu de place au doute et à la réflexion.
Aurait-on oublié que pour progresser, pour créer, l'homme a besoin de fantaisie, d'imagination et de liberté? Que la vérité ne se laisse pas enfermer, qu'elle n'est jamais statique et donnée une fois pour toute mais qu'elle se révèle malicieusement et sous des formes différentes à chaque détour de l'Histoire?
Car savons-nous d'où nous venons et où nous allons?
that is the question !
Textes : Françoise Desvignes
Iconographie : Jacques Desvignes et F. Desvignes
Mise en page : Paul Sandrin et F. Desvignes


